Auckland et son festival de la culture maori

Une belle façon de terminer le voyage en Aotearoa

Aujourd’hui c’est lundi, et surtout, c’est férié ! Le dernier jour de l’Auckland Anniversary. Chacune des régions de Nouvelle-Zélande possède son propre jour férié. Et à Auckland c’est ce lundi. Il y a du monde en ville, et de nombreuses festivités. Alors ce matin, on se lève suffisamment tôt pour en profiter. 9h30, nous sommes dans le bus en direction du centre ville. Le soleil brille, le ciel est d’un bleu parfait, et la rue principale est à demi déserte. Les quelques boutiques ouvertes sont bien vides, les badauds préférant les bords de mer.

Au programme ? Passer la journée au festival de la culture maorie : Te Tāmaki Herenga Waka. Pour en profiter un max : on s’organise en prenant vite les billets des différentes activités fortement demandées, on mise sur la chance qui nous sourira, on se décontracte, et zou !
Au bilan ? pas un seul temps mort, tout gratuit et du bonheur en barre 🙂

Immersion dans la culture

Au rez-de-chaussée, les bénévoles de tous âges du festival s’empressent de nous souhaiter la bienvenue et nous tendre le programme. Nous déambulons parmi les quelques stands.

Le premier est dédié à la sculpture sur bois, avec de beaux totems maoris aux yeux irrisés de coquillages nacrés (paua). Un prof explique le fonctionnement de son école et propose des séances d’initiation aux visiteurs.

Totem sculpté

A côté, sont exposées des robes traditionnelles tissées en plumes, lin local et ornées de pierres. Tantôt masculines (s’arrêtant à la taille), tantôt féminines (s’arrêtant au-dessus de la poitrine). Deux femmes âgées initient les plus jeunes à tisser la flax pour en faire des sacs (Kete), des vêtements, ou des paniers.

Plus loin, ce sont des lits en mousse réhaussés qui accueillent les visiteurs qui souhaitent immortaliser leur peau avec des motifs maoris. Nous sommes surpris, nous ne pensions pas que sur un coup de tête on pouvait se décider à faire un tatouage à vie… Comme quoi, ici la culture est bien différente. La majorité des Maoris (et de nombreux Kiwis Pakehas) arborent des motifs sur leur peau.

Stand de radio et stand de télé se font face : on ne pige pas grand chose, ne parlant pas maori 🙂

“Maori Games” : des enfants se tapent dessus avec des frittes de piscine, sous l’oeil amusé des adultes et dépité du personnel essayant de leur enseigner l’art du combat avec un baton.

Nous finissons par la grande tente consacrée aux herbes médicinales et médecine traditionnelle, avec ses petits flacons mystérieux qui sentent bon. Emilie tente sa chance avec un baume réparateur, censé donner une seconde jeunesse à votre visage… en tous cas le parfum d’essence de bois rare et fleurs des îles est agréable !

Un spectacle vivant : chants et danses traditionnels

Nous affalant dans des poufs moelleux, nous prenons place devant la scène au milieu des autres spectateurs de tous horizons : Aucklandeurs, Maoris, voyageurs… Une vingtaine de jeunes arrivent sur la scène, vêtus de beaux costumes traditionnels faits de flax tressée, ornés de noir, blanc et rouge, de maquillages tribaux sous le menton pour les filles et sur tout le visage pour les garçons. Un présentateur nous explique la signification de chaque chant, tantôt sur l’amitié, la famille, la protection des siens, ou encore la guerre. Nous avions adoré la démonstration à Rotorua dans le village maori et c’est toujours aussi bien ici !

Les femmes chantent en première ligne. Leurs expressions faciales sont puissantes, communicatives. Elles ouvrent de grands yeux que l’on voit de loin, avec ce petit pétillement dans le regard. Leurs mains et bras tremblent volontairement. Elles les ramènent vers elles par ondulations. Ce faisant, elles apportent de l’énergie vitale dans leur coeur pour avoir la force de chanter. Du moins, c’est ce que l’on avait appris la dernière fois. Savoir cela rend le spectacle plus fort pour nous, car on sent qu’ils chantent avec passion. Nous avons des frissons partout !

Spectacle

Tantôt à l’arrière lors des chansons d’amour ou de paix, tantôt à l’avant pour les chants guerriers, les hommes chantent d’une voie grave pour compléter celle des femmes. Lorsque l’intimidation est de mise, c’est avec puissance qu’ils tapent au sol, se frappent le corps de leurs mains en faisant trembler leurs muscles et ouvrent de grands yeux en tirant la langue.

Le bouquet final est un Haka traditionnel à l’ambiance guerrière pour les hommes et au maniement des poi pour les femmes, ces boules blanches comme des bolas de jonglage. Nous apprenons alors que haka est avant tout une danse protectrice et d’amour envers les siens, une démonstration de l’attachement des membres d’une tribue.
Pour clôturer la cérémonie, l’intimidant Haka des All Blacks !

Exposition d’œuvres d’art

Petite pause avant la suite des événements planifiés avec un tour à l’étage (et à l’ombre !) Des artistes et créateurs exposent leurs œuvres. Des sacs à main en jute tressée (Kete en maori), des poi en verre soufflé et torsadé, des peintures modernes, sculptures en bois, en pierre, en os. Notre emploi du temps minuté nous empêchera de profiter de l’initiation à la peinture, tant pis !

Kete tressé

Et la Nouvelle-Zélande fût !

Dans la salle adjacente, une petite expo numérique avec un superbe film d’animation sur la légende des deux îles. Maui, le demi-dieu de nombreux mythes parti un jour à la pêche avec ses frères lorsqu’il aperçut une raie géante. Il utilisa un hameçon couvert de son propre sang, car nul de ses frères ne voulu lui prêter d’appâts. Le bateau commença à prendre de la vitesse sur l’océan. Les frères avaient tant tiré sur le poisson qu’il était tout cabossé. Finalement, le canoë se retrouvera sur la terre, la raie devint l’île du Nord, avec ses Monts et ses volcans.

Plus tard, les frères reprirent leur Waka qui s’échoua sur un rocher. Avec le temps, l’embarcation devint la terre du Sud. Pour échapper à la tempête, les hommes montèrent sur le radeau cassé et se transformèrent en pierre petit à petit, formant les chaines de Montagnes du Sud. Le plus haut de ces monts, le Mont Aoraki, n’étant autre que les restes de Maui.

Pour en savoir plus (en anglais), vous pouvez consulter les archives [ici].

Une pause déjeuner comme on les aime

Pour la pause déj, nous choisissons le plat traditionnel : le hangi. Un peu de porc, un peu de poulet, quelques pommes de terres, patates douces et chou cuites à la vapeur. Nous dégustons ce plat face à la vue sur le port d’Auckland et sa grande tour (en béton…), avec la musique maorie, les rires des enfants heureux de tester les jeux… aujourd’hui, c’est jour de fête, et on est bien !

Pour se fondre dans le décor, nous allons faire un petit tour au stand de tatouages. Émilie a droit au tatouage sous le menton, réservé aux femmes, ainsi qu’un “bracelet”. Nico opte pour le tatoo du front (qui lui va particulièrement bien, un vrai guerrier!)… Nous craquons aussi pour la petite raie ! On dirait de vrais Maoris maintenant, alors nous immortalisons le moment au stand photo (où on se marre bien pour faire la meilleure bouille possible). Pleins d’énergie guerrière, nous sommes prêts pour la traversée du port en Waka tradionnel !

Tatoo et expressions, on donne tout!

En Waka, ça pagaie

Tout au long du festival, nous sommes heureux de constater la bienveillance et la gentillesse du personnel encadrant. Bénévoles ou employés, Maoris ou Pakehas, tous sont là pour nous faire profiter un maximum.

Notre prochaine activité sera aquatique : montée à bord d’un canoë traditionnel à rames. La femme Maorie qui nous reçoit nous rassure une bonne dizaine de fois sur la sécurité, et donne à Nico un superbe petit gilet de sauvetage rose pour enfant. Parfait.
S’ensuit une initiation au pagayage en règle et en rythme, selon les consignes du capitaine. 4 ordres différents : repos/soyez-prêts, en avant, en arrière, et position du salut. Chaque ordre est répété trois fois et est exécuté lors de la troisième fois.
Comme tout le monde galère à piger, notre instructeur au gros bide désespére et ne peut s’empêcher de nous répéter : “ooh you’re killing me”. haha !

C’est parti, on embarque ! Célestine accrochée sur la lanière d’appareil photo, lui même attaché avec des mousquetons. Aujourd’hui, rien ni personne à l’eau ! Pas même les belles pagaies de bois qui ne risquent pas de couler.

Prêts à embarquer pagaies à la main

Nous prenons place juste devant le capitaine debout qui tente de stabiliser le rafiot. Pas simple avec les malabars Maoris bronzés devant nous, qui embaument l’huile de coco. Prêts ? En arrière toute !
Le capitaine donne le rythme par ses ordres cadencés : “En arrière” pendant lequel tout le monde plonge sa pagaie et donne tout ce qu’il a, “hiiii” tout le monde répond en remettant à plat sa pagaie et en tapant la tige contre le flanc du canot. “En arrière” et on recommence, “hiii”, “en arrière”, “hiii” !

L’équipage à l’unison, à l’unirame, à l’unimouvement est impressionnant. “En avant…”, “hiii !”, “En avant…”, “hiii !”, “1,2,3”, “1,2,3”, “a,b,c”, “a,b,c”, “talk-to-me”,”talk-to-me”. Haha, le capitaine est un rigolo et varie un peu.
“Salutations”, “hiii”, “Salutations”, “hiii”, “Salutations”, et hop tout le monde lève sa pagaie bien droit. C’est beau, c’est propre, c’est saisissant.

Rentrés au port, les Maoris tout sourire nous font descendre et sont heureux de constater que nous sommes aux anges.

Baignade en sous-vêtements dans le port !

Pfiou… c’est que c’est particulièrement physique comme exercice ! On a eu bien chaud… tous les enfants Maoris sautent dans l’eau du port, accompagnés de leurs grands frères et grandes soeurs…c’est trop tentant ! tant pis pour les maillots de bain qu’on a laissés à la maison, on fonce se rafraichir… on sèchera au soleil avant notre escapade en voile dans la baie.

Baignade dans le port

Hissez les voiles !

Le beau hanui, chevalier des mers

Nous embarquons à bord du Haunui. Un superbe bateau de bois, deux coques, trois voiles dont un foc toutes décorées d’insignes Maoris. L’équipage nous accueille chaleureusement, nous prenons place. Hissez les voiles, tenez la barre et nous sortons du port pour explorer la baie !
Il faut beaucoup d’énergie et de balancier à la petite jeune qui tient la barre tant celle-ci à l’air lourde… elle se débrouille très bien !

Jamais vu une barre pareille !

Une toute petite cabine sert à l’équipe pour la cuisine, manger…et sous nos pieds à l’intèrieur des coques, pas moins de 16 couchettes pour accueillir un équipage qui fonctionne par quarts… pendant six heures, quatre membres de l’équipage sont responsables du navire. Ce Waka a déjà fait le voyage jusqu’à San Francisco ! C’est un bel exemple de conservation du patrimoine culturel, détenu et maintenue par une communauté dont de nombreux bénévoles (la Te Toki Voyaging Trust).

La belle voile

C’est sur de telles embarcations que les Polynésiens sont arrivés ici, en Nouvelle-Zélande. Contre vents et marées, contre tempête et calme plat… ils ont réussis à traverser l’océan pacifique !

Les matelots…dur la vie !

C’est un plaisir pour nous, que de vivre cette expèrience. Il nous manquait un peu cela dans notre voyage, de mieux comprendre l’histoire des premiers occupants du pays. Le bateau change de direction, le foc tourne avec le vent, et hop, on file comme l’éclair, silencieusement sur l’océan. Que du bonheur !

Auckland depuis le waka

Prévention sur les routes

Nous l’avions constaté à de nombreuses reprises, les Kiwis aiment boire. Par boire, il faut entendre boire de l’alcool pour les effets de l’alcool. C’est naturellement qu’il y a un stand de prévention routière sur les risques de prendre le volant après quelques verres (dizaines de verres, quoi ? vraiment ?). Allons-y pour voir !
Il s’agit de mettre des lunettes déformantes et de slalomer entre des plots de chantier sans les heurter. Eh beh, c’est pas simple ! Nous sommes contents d’avoir tenté l’expérience et encore plus de voir qu’elle attire du monde (sûrement grâce aux goodies qu’on y récolte à la fin 🙂 )

Cirque en ville

Ce week-end prolongé, c’est aussi le festival du cirque de rue. En allant chercher en glace (il fait tellement chaud) nous nous arrêtons devant un clown qui épate les enfants (et les plus grands) en créant des multitudes de bulles qui s’envolent dans le public.

Les bulles préférées des enfants

Trois boules glacées plus tard (hmmm), nous nous asseyons pour observer deux Japonais faisant les pitres sur de la musique swing (oh yeah !) et sur… des monocycles de plus en plus haut. Humour typiquement Japonais, exagéré avec des mimiques grotesques, mais prestation épatante de ces acrobates. Ils ont même eu le record guiness avec leur pentacycle.

Les Japonais acrobates

Ces arts de rue sont parfaits dans l’ambiance estivale et vacancière de la ville d’Auckland. Les badauds se promènent par-ci par-là sur les bords de mer et le port. Ce qui nous surprend toutefois c’est l’absence totale de délicatesse lorsque les artistes réclament que le public leur donnent une pièce à la fin (un gros billet même). Sur un spectacle de vingt minutes avec deux pirouettes et beaucoup de mise en scène, cinq minutes pour marteler au public qu’ils doivent donner de l’argent, bon… Choc des cultures, quand tu nous tient.

Parade de fin et baignade

La journée de festivités touche à sa fin. Une petite parade de Waka passe tranquillement sous le pont en rythme. Rythme cadencé des pagaies qui frappent contre la coque et des voix des navigateurs musclés menés par leurs chef(fes) – oui, il y a une femme cheffe youhou ! On adore !

Waka traditionnel dans la civilisation moderne

La baignade était tellement agréable, qu’on y retourne… pourquoi se priver ? C’est assez rare de se baigner en pleine ville dans une eau chaude, face aux bâtiments emblématiques. La journée se finit dans les rires des enfants, les jappements d’un chien qui panique dès que son maître plonge sous l’eau, et aux ploufs des jeunes qui font la bombe depuis les quais… tous ces visages souriants, nous ça nous rend juste heureux !

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