Mon cours de cuisine Lao au Tamarind

Le 6 juin 2018, j’arrive donc sous ma cape de pluie rouge ruisselante au restaurant vers 16h. La saison des pluies a bel et bien commencé et je suis ravie d’occuper cet fin d’après-midi par un cours de cuisine. Nous sommes 8, un petit groupe qui va faciliter les interactions avec le professeur : c’est parfait !

Après 10 minutes de traversée de la ville, nous prenons un chemin de boue un peu escarpé et le trajet se transforme en expédition. De l’eau coule à flot le long de la route et les conducteurs des motos qui nous dépassent s’amusent de voir mes yeux s’agrandir de surprise face à la quantité d’eau qui tombe. Pour eux, c’est sans doutes tout à fait habituel.

Une demi-heure plus tard, nous arrivons dans un havre de paix. Une salle de cours ouverte sur l’extérieur est déjà prête. En face, de petites mares avec quelques nénuphars et arbustes autour. Derrière la classe, de petits potagers où poussent légumes en tous genres. Sur la table principale, c’est déjà un régal pour les yeux! Des légumes sont agencés dans un grand panier et dessinent un tableau de couleur qui donne envie de tout goûter !

Entre en scène, notre professeur de cuisine, avec son tablier noir et son grand sourire. Par binôme nous prenons place face au plan de travail.

Les instructions sont données avec passion

J’ai choisi l’option végétarienne. Je découvre en effet, notamment au cours de mon voyage, que la cuisine végétarienne, en plus d’offrir une alternative d’alimentation plus responsable, est pleine de parfums et de raffinement!

Entre 17h et 20h, nous apprendrons les secrets des sauces aux aubergines et aux tomates, du poisson cuit à l’étouffé dans sa feuille de bananier, de la brochette de citronnelle fourrée aux poulet (où aux champignons) et le riz coco aux fruits.

Je vais découvrir certains légumes que je n’ai pas l’habitude de cuisiner, apprendre à découper correctement la citronnelle (c’est presque magique!), percer le mystère de la cuisson du riz gluant et découvrir les astuces de chef pour plier la feuille de bananier sans la casser!

Nous cuisinons dans les grands woks en inox sous un feu de bois et dans les paniers de bambous sur la vapeur des casseroles.

Ce cours de cuisine, c’est 3h intenses d’apprentissage des traditions avec des produits locaux et frais… Au Tamarind, on met l’accent sur la qualité des produits. Petit à petit, les gérants ont remplacé tous les produits importés par des produits laotiens, une façon pour eux, dit notre professeur avec un sourire heureux, de contribuer à l’économie de la région sans polluer par le transport des denrées. Puisque je veux tout refaire chez moi, mais que les feuilles de bananier ne poussent pas dans mon jardin, le chef me fournit aussi des conseils pour adapter les recettes aux contraintes de mon climat occidental.

A la fin de l’atelier, nous nous attablons. En plus de nos créations, les cuisiniers nous ont préparé quelques surprises à déguster comme la salade de buffalo (ou de tofu) et des soupes noires aux champignons. On ne nous laisse pas repartir sans un livret avec toutes les recettes en récap, histoire de pouvoir partager nos apprentissages une fois rentrés à la maison avec les curieux.

Bonne humeur et créativité ce cours de cuisine aura été un vrai petit bonheur d’épicurien =) Je ne peux que le recommander!

Mes créations à la fin du cours

L’essentiel éco-citoyen de ce cours de cuisine :

  • Le régime flexitarien est un dérivé de l’alimentation végétarienne. Le principe est de diminuer sa consommation de viande et privilégier les fruits, légumes et céréales. On n’hésite pas à prendre l’option végétarienne de temps en temps, pour développer ses talents de cuisinier avec des alternatives intelligentes.
  • Consommer local et de saison, c’est la voie de la raison. Alors on cherche à adapter le plus possible nos apprentissages aux contraintes de notre pays de résidence (par exemple : on peut remplacer la feuille de bananier par une feuille de choux…). Si on a un doute, l’équipe du Tamarind est très à l’écoute !

Si cet article vous a mis l’eau à la bouche sachez que vous pouvez le suivre également. Pour vous faciliter la vie, vous pouvez aussi le réserver en ligne avec ce lien.

Le Barong de la débrouille

Pendant notre semaine de volontariat à l’Ijen Shelter, en plus de notre “accompagnement sur le management de son éco-projet”, nous avons eu la chance de laisser libre court à notre créativité pour confectionner une boite à suggestions décorative, haute en couleur et en traditions locales.
Alors, nous allons créer un Barong (originellement de grandes marionnettes occupées par deux hommes qui servent lors des défilés), dont la bouche sera le receptacle des suggestions des clients.

Pour en savoir plus sur ce qu’est un Barong, Nico nous a rédigé un petit article.

Retour sur les étapes d’une œuvre qui nous a demandé temps et patience, ingéniosité et débrouille, et un vrai travail d’équipe.

De l’idée au croquis

Au dessin, c’est Émilie qui s’y colle. Elle compare sur internet différents modèles et commence quelques croquis. Ses expériences en dessins, volumes et colorisation nous font gagner un temps précieux.

Maintenant que les traits sont faits, sur quel support le réalise-t-on ?

Mais au fait, qu’a-t-on comme outils et matériaux ?

Là commence l’aventure. Car la contrainte est de taille : réaliser le Barong avec les moyens et matériaux du bord.

Nous allons faire un tour sous l’appentis des rebus en quête de nos supports – attention aux serpents et scorpions qui hantent ces lieux.
Un vieux pneu, des bottes trouées en caoutchouc, du bois vermoulu… mmmh bon, pas vraiment. L’idée d’utiliser ces matériaux ne nous enchantent pas, ça ne colle pas avec le projet.

Nicolas va vérifier les outils dont on dispose et revient, tout fier avec une scie sauteuse et quelques clous… Ok, il nous faut du bois alors !

Un bout de planche pétée ? des bouchons de bouteilles en plastique colorés ? des bouts de ficelle ?

Une heure plus tard, nous sommes face à deux grandes planches de contreplaqué à ressusciter, des scies, une multi-prise, un crayon à papier et une gomme. C’est parti !

Négociations dessin / réalisation

Nous discutons de la faisabilité de la découpe (aux commandes de cette partie M. Piquemal !) en réadaptant les croquis d’Émilie. Deux contraintes : ils doivent être compatibles avec le maniement des engins, et limiter les chutes de bois inutilisables. Qu’à cela ne tienne, nous optons tout de même pour des formes spéciales.
Emi se charge de la tête et de la bouche aux détails minutieux, tandis que Nico tente les motifs exotiques de l’arrière plan.

Le dessin

Menuiserie en menue scierie

L’étape de la découpe est arrivée. Pas le droit à l’erreur ! Nico passe les planches au papier de verre pour leur redonner une seconde jeunesse.
Puis vient la traditionnelle mise en position / maintien en position / usinage. Fabriquons-nous une scierie-atelier improvisé.

Les débuts de la découpe

Mise en position ? La planche repose hasardeusement sur un bord de terrasse en béton et des bouts de bambous et bois bancales, à quelques centimètres à peine du sol pour laisser passer la scie.

Nico à l’oeuvre

Maintien en position ? Bon, on oublie les serre-joints. Emi s’assoie et fait plier les bambous juste ce qu’il faut pour pas que ça bouge. Côté sécu on repassera.

L’art du détail

Usinage ? La multiprise qui pend du plafond semble fonctionner. Nico met le derrière vers le ciel et la scie au sol, et c’est parti !

Un peu de ponçage

Une bonne heure d’effort plus tard, nous avons de jolies planches que l’on superpose les unes sur les autres. Ça prend sacrément forme c’t’histoire.

Retouche des courbes avant la découpe

Peinture aboie

Ajustement des contours pour la colorisation

C’est dimanche et nous n’avons pas suffisamment de peinture pour commencer la coloration. Il faut en effet commencer par les couleurs pâles pour aller progressivement vers les couleurs plus vives et le noirs (en cas de râté, c’est plus facile à retravailler). En fin de journée, Daniella revient triomphante de sa chasse au pots de peinture : on a le droit à du blanc, du bleu et du jaune (pour métal), en plus des orange passé et vert mou (sous couches antirouilles ?), et noir et rouge brillants (pour métal aussi ?). On fera de notre mieux.

Par petites touches

On laisse sécher la peinture

Nous appliquons alors les premières touches de couleurs. Noooon ! Les deux chiens de Daniella sont lâchés… Vite faut tout ranger avant qu’ils ne sautent partout.

La touche finale

On passe aux tons clairs

Notre barong est beau mais ressemble beaucoup à un barong balinais. Quelle est la différence avec le Barong local javanais ? L’arrière plan a des grandes plumes colorées.

Alors nous décidons d’ajouter une couche de plus à l’arrière. C’est ambitieux… Sur bois ce serait trop lourd, on opte pour upcycler un grand bout de rouleau plastique qui sert de bouche-trou pour les toitures.

La directrice de colo en pleine activité

Le style est plus flou et impressionniste que les premiers éléments, c’est Emi qui exprime ses talents d’artiste.
Le lendemain on y ajoute le bleu, sous les yeux curieux des enfants des clients qui viennent nous demander ce qu’on l’on fabrique.

Et ça rend bien !

On a mis les mains dans le camboui

Il est 23h, la veille de notre départ de l’Ijen Shelter… et il faut que cela sèche. Alors tant pis faut finir. Émilie essaie d’ouvrir le pot de laque noire qui est scellé par une couche de vieille peinture puis… plouf ! d’un coup d’un seul, se retrouve la main dans le mazout. Beurk !

ouuuuuups

Évidemment ce n’est pas de la peinture à l’eau.
Après avoir péniblement enlevé la peinture de ses mains (et sans doute un peu de peau) elle achève sa mission.

Finitions de noir

Un ptit clou et le tour est joué

Nico passe à l’action le lendemain matin, il coupe, cloue et glue le tout. Et voilà, un beau barong réalisé avec patience et coopération !

On sent la maîtrise

Un ptit clou et puis c’est tout

Daniella la couturière se charge de la barbe-sac qui sert également de recueil à suggestions.

on en est assez fiers

Glissez votre petit mot dans la bouche et le tour est joué !

Le barong prend possession des lieux

Cultures et traditions balinaises

 

Au cours de nos déambulations balinaises, nous avons rencontré les locaux qui nous ont appris les us et coutumes de leur île. Voici ce que nous avons retenu.

Castes et prénoms

Pour parler des prénoms, il faut commencer par les castes. Nous apprenons alors qu’en Indonésie il y a quatre castes. Apparemment ce n’est pas comme en Inde avec des relations hiérarchiques entre les castes. Ici, ce sont plutôt des ethnies. Autrefois, il n’était possible de se marier qu’entre personnes d’une même caste. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, à part une d’entre elles : la caste musulmane stricte (représentée au Nord de Sumatra vers Aceh).

Alors pourquoi les castes sont elles reliées aux prénoms ?
Les prénoms sont par ordre d’arrivée dans la famille. Il y a donc “le premier garçon”, “le deuxième garçon”, “le troisième”, “le quatrième”. Pareil pour les filles. Et ensuite on revient au début. Le cinquième c’est donc le même prénom que le premier.
Enfin presque, car par “ordre” il y a le choix entre deux à trois prénoms. Par exemple, dans la caste de notre chauffeur Roja, le premier peut s’appeler “Putu” (tient, c’était aussi le nom de notre chauffeur de la veille), en gros “l’aîné”.
Marrant nom ? euh, marrant non ?

Religion et karma

Bali est à plus de 60% hindoue. La grande majorité des maisons a son propre petit temple familial où vénérer les divinités.

Les Hindous sont sensibles au Karma. Ils croient en la réincarnation : si le Karma d’un mourant n’est pas parfait, il se réincarne à nouveau pour continuer d’améliorer son Karma. La libération étant lorsqu’il n’y a plus de réincarnation.
Pourquoi notre chauffeur Roja croit à la réincarnation ? les bébés lorsqu’ils naissent, ils crient et pleurent non ? alors que ça devrait être un moment joyeux. C’est donc qu’ils reçoivent la lourde tâche de vivre à nouveau une vie dure sur terre.

Ce que nous comprenons néanmoins est que la religion pousse la population a avoir un bon Karma, donc un bon comportement. La vie des Hindous est basée sur le concept du Tri Hita Katana (trois / joie, bonheur / façon, moyen) : les trois voies permettant à tout Hindou d’atteindre le bien-être physique et spirituel. Ces trois voies étant : respect de ses dieux, respect des autres, respect de la nature.

Pour le respect des dieux, c’est bon ! Chaque maison de chaque village a son petit temple, et les offrandes (riz, piécettes, biscuits dans des petits paniers en feuille) sont omniprésentes au pied des statues, devantures de magasins et paliers.

Pour le respect des autres, il est vrai que nous sentons un état d’esprit d’entraide et non de compétition. Nous avons été témoin d’accidents de la route, tout le monde se précipite à la rescousse des victimes. Et d’un point de vue plus général, la majorité de la population est adorable et serviable. Nos discussions avec les locaux (chauffeurs de taxi et hôtes notamment) confirment qu’il y a peu de vols, incivilités et autres crimes à Bali par rapport aux autres îles d’Indonésie. D’après eux, leur religion en serait la cause.

Pour la nature… eh bien… les tonnes de plastique polluant la terre et les cours d’eau, les déchets jetés par terre, le savon directement dans les canaux des rizières, nous en font penser autrement. Mais il faut dire que tout change vite, et que les infrastructures ne suivent pas. Depuis des centaines d’années les gens n’ont que des matériaux biodégradables, ils ne sont pas habitués aux matières polluantes.

Bali et l’environnement

Plusieurs fois nos interlocuteurs ont été sensibles aux questions d’environnement. Et c’est tant mieux !
Par environnement, ils comprennent pollution de l’eau et gestion des déchets. Parfois on nous parle de changement climatique et ses impacts sur le climat local qui se dérègle.

Un de nos chauffeurs (Roja) nous raconte que son village a décidé d’améliorer sa propreté. Roja fait partie de l’organisation de la collecte des ordures en triant compostable et recyclable (deux poubelles). Il n’est visiblement pas possible (prend trop de place) de composter dans le village, il faut donc tout transporter à la décharge et au centre de tri. C’est un coût de 9000€ au village tous les ans, et apparemment un réel effort budgétaire que chacun peine à supporter.

Avec la quantité de plastique dans les cours d’eau, champs, rues, quel avenir pour Bali si les infrastructures de tri ne sont pas supportées par l’état ?

De Ubud à Munduk par les rizières

Après une petite marche arrière pour les vacances à Lembongan, il est temps de reprendre la route de la France… C’est plein Nord que nous nous dirigeons, vers Munduk. Et tant qu’à faire du chemin, autant profiter des expériences intéressantes sur son parcours.

Comme nous avions déjà pu le constater, les transports en commun ne sont pas le fort de l’île. Ils sont même en voie de disparition. C’est donc avec un chauffeur de taxi (négocié la veille pour cinq cent cinquante milles roupies, soit à peine plus de trente euros) que nous quittons Ubud après un dernier petit déj au soleil face à la piscine. Pancakes à la banane et miel, accompagnés de la douce mélodie saturée des dessins animés crachés par le téléphone portable du couple d’à côté pour contenter leur petite fille blonde.
Contraste paradis-enfer surprenant !

Roja, notre chauffeur

Notre chauffeur s’appelle Roja, et nous tentons de deviner son âge… Tâche toujours ardue entre ethnies différentes. Cinquante quatre ans ! On aurait dit dix de moins. Pas un cheveu blanc pourtant. Ancien ingénieur qui n’a pas pu exercer en tant que tel (apparemment la corruption était si importante que sans relation ou même parfois payer, impossible de dégoter un boulot qualifié), il a vécu longtemps comme sculpteur sur bois. Père de deux enfants de vingt-et-un et vint-cinq ans et même déjà grand-père, il est maintenant chauffeur de taxi.

Temple royal de Mengwi

Au volant de sa voiture louée pour la journée, Roja nous emmène vers Mengwi, ancienne capitale royale de l’île.

A Mengwi, nous nous arrêtons pour admirer le Pura Taman Ayun. Datant du 17e siècle, il est construit en trois parties (mandalas). Deux grands patios de jardins, fontaines et petits temples, et la zone la plus haute (Utama Mandala) abritant les pagodes principales.

Pagodes de Mengwi

Les pagodes coiffées de leurs toitures superposées (au nombre impair toujours) jouent les Daltons, avec en bas un petit hôtel carré peint de rouge et d’or.
Les trois parties du temple sont entourées de grands canaux d’eau, sortes de douves, magnifiant l’endroit.

Nous prenons notre temps pour sillonner les petits chemins des jardins (parfois sacrément glissants, la saison des pluies a mené la vie dure aux sentiers en béton), observer les ornementations des portes, les petites fleurs aux oreilles des statues, et appentis logistiques situés en retrait des monuments principaux. Cuisines, chambres, et autres pièces dans les abords du temple servaient de résidence à la famille royale de Mengwi. C’est encore les descendants de la famille qui maintiennent le temple aujourd’hui.

Mention spéciale pour la reconstitution d’un Barong en costume de danse traditionnelle, entièrement décoré de graines peintes : maïs, riz, haricots et cacahuètes.

Barong en céréales

Plantations bio de café, cacao et épices

La région de Peruan est connue pour ses plantations de café balinais et notamment son “Luwak coffee”, ou “café de mangoustes”.

Alors que nous croisons des parkings remplis de gros bus déversant leurs flots de touristes, nous avons peur. Heureusement notre chauffeur connaît un endroit plus tranquille et familial.

Nous sommes les seuls à déambuler dans la plantation de caféiers arabica, cacaotiers, et autres herbes médicinales et aromatiques : gingembre, curcuma, mangoustans (petits fruits ressemblants à des litchis), vanille, noix de cocos, canelle, citronelle, clou de girofle, etc.

La spécialité de l’île, c’est le café de mangoustes. Quatre mangoustes mangent un mélange de grains de café et de riz. Les grains fermentent dans leur petit bidou et lorsqu’ils en ressortent, sont lavés, grillés à nouveau avant d’être utilisés pour la préparation du café.

Préparation du café

Séance dégustation superbement préparée, avec un joli service en verre empli de liquides colorés. Café à la vanille, café à la coco, infusion de gingembre, de curcuma, de citronnelle. Et à chaque fois nous avons droit à l’explication des vertus thérapeutiques des boissons. Pour courronner le tout ? c’est une plantation bio !

Dégustation des nectars locaux

Evidemment ce petit tour gratuit accompagné de sa dégustation fini par un passage obligé à la boutique, où des perroquets en cage dressés ont appris à dire “Kembali” (“de rien”).

Les magnifiques rizières en terrasses de Jatiluwih

Les nuages épais se coincent sur les pentes des montagnes environnantes et la pluie commence à tomber, torrentielle. Notre prochaine étape est un site classé au patrimoine de l’Unesco : les rizières en terrasse de Jatiluwih. “Jaton-Luwih”, “Amulette-Bien”. Au détour d’un virage, nous tombons sur le panorama : des rizières à perte de vue, étagées, sculptant chaque bout de terre pour y cultiver la céréale prisée locale.

Arrêt rapide dans un warung (Teras Subak) pour y manger du riz sauté et des nouilles sautées (Nasi Goreng, et Mie Goreng) et attendre que la pluie s’arrête. Le thé chaud au gingembre et citron vert est parfait pour l’occasion !

Cape de pluie sur le dos (et altitude de mille mètres oblige : petite polaire, ça faisait longtemps 🙂 ) nous partons à la découverte des rizières sur un des quatre chemins balisés qui sillonnent les trente kilomètres carrés. Du vert vif, encore du vert vif, toujours du vert vif, malgré le ciel gris qui nous tombe sur la tête. Les terrasses sont bien tondues (patrimoine protégé oblige) et des petites cascades amènent l’eau d’étages en étages, amplifiées par le déluge.

Terrasses de Jatiluwih

Grâce à la fertilité importante des sols volcaniques, il y a trois récoltes de riz par an à Bali. Certains champs sont en cours de plantation tandis que d’autres sont déjà en graines. Parmi les terrasses, quelques petits abris permettent aux travailleurs aux chapeaux coniques de se reposer ou de se protéger des grosses pluies. D’autres servent de mini-étables pour les vaches et leurs veaux : bêtes de trait et surtout générateur de bouse fertilisante !

Quel plaisir cette balade, en sandales trempées sur les chemins transformés en ruisseaux.

Balade dans les terrasses

Temple de l’eau à Bedugul

Bedugul est une ville animée au bord du lac Bratan, coincée dans les hauteurs de l’île de Bali. Au marché et dans les échoppes voisines, tout le monde vend la même chose : des chips, snacks, savons, emballés dans du plastique, et disposés exactement pareil. Mais pourquoi ? tant de concurrence ? D’après notre chauffeur, c’est le karma, toujours lui, qui règne. Bon karma ? vous avez des clients. Mauvais karma ? tant pis pour vous. Pour en savoir plus sur ce fameux karma, c’est là.

La célébrité du coin c’est le temple Pura Ulun Danu Bratan. Temple Hindou Bouddhiste construit au 17e siècle et rénové de nombreuses fois depuis, il est le lieu de vénération de Dewi Danau, la déesse de l’eau. Cérémonies et pèlerinages ont cours ici pour assurer de l’eau pour les cultures. Pas de problème, les prières ont été entendues !

Temple dans l’eau Bratan

Le temple principal et bien connu a les pieds dans l’eau, littéralement. Il semble flotter sur le lac qui déborde. Même le pont qui le relie à la terre a été enlevé tellement il y a de l’eau 🙂

Porte sculptée de Pura Ulun Danu Bratan

La visite de ce temple a été surprenante à deux titres :

  • Un pèlerinage de jeunes musulmans de Sumatra et Java, dont les jeunes filles à la chevelure voilée voulaient se prendre en photo avec un Bule (à prononcer boulé). Boulet ? ah non, ouf. Bule, un touriste blanc.
  • Des figurines géantes en béton peint de couleurs vives : grenouilles, champignons, aigle, et même un bob l’éponge… Les pédalos en cygne et les jeux pour enfants démontrent que ce temple est aussi le Disneyland de l’île.

On ne va pas trop traîner par là

Plantes et fruits

Parfois notre chauffeur fait une halte au bord de la route, sort nous cueillir un fruit, une feuille, et nous en explique les vertues. Tellement chouette !

La palme revenant au petit fruit Jambubatu (ou Sotong) : “papa eat, mama happy”. Haha haha !
Les feuilles de l’arbre peuvent être lavées à l’eau claire, broyées et infusées dans de l’eau. Ça devient un remède contre la courante. Vu l’état de nos bidons respectifs en ce moment, on va tester.

Plante médicinale

Route vers Munduk

Nous finissons le périple sous la pluie et bientôt le brouillard. Nous quittons Bedugul et sa population davantage musulmane qu’hindoue à en croire les voiles des femmes et la Mosquée au toit bleu pétard. L’ambiance est déjà différente, et c’est chouette de voir la transition. Nous entamons la montée raide vers les montagnes.

Ça tournicote beaucoup, les scooters luttent péniblement pour grimper et slalomer entre les macaques qui baillent ou s’enlèvent les puces en plein milieu de la route.

Bientôt nous atteignons la crête du vieux volcan. Vue sur les deux lacs Danau Buyan et Tamblingan à gauche, tandis qu’au loin à droite c’est la mer.
Les restaurants ne s’y sont pas trompés, et jalonnent côte côte toute cette route panoramique.

Pour nous, c’est un passage rapide, d’autant plus que le brouillard s’installe et que la pluie menace. Pluie qui a d’ailleurs ravagé certaines portions de la route : des glissements de terrain ont par endroit emporté la moitié de la chaussée. Avec quelques tas de graviers ou frêles poteaux en bambous, notre pilote a intérêt à avoir l’œil vif pour éviter de finir dans le ravin. Heureusement nous arrivons sans encombres à Munduk.

Une équipe qui gagne avec Roja

Première nuit tranquille dans la montagne

Nous disons adieu à Roja, lui souhaitons bonne route de retour, et montons à notre hôtel “de luxe” : le Puri Sunny Hotel où Emi a encore dégotté une super affaire. En basse saison, 19€ la chambre en petit bungalow avec vue sur la montagne et les rizières. Cooool !

Nous tenons le crachoir au proprio fier de nous raconter ses aventures à Paris (et son adoration du Louvre). Avec ses bagues et sa montre en or, ses voyages répétés en Europe et son hôtel, il doit être bien riche. Aaaah il travaillait pour le gouvernement, tiens tiens. Quand on connaît la situation catastrophique de la corruption des précédents gouvernements, le lien est facile. Stop, pas de conclusion hâtive 🙂

Nous dégustons un excellent repas balinais dans le warung Taman Ayu d’en face, tenu par une gentille locale souriante, et nous partons dormir pour récupérer de cette longue et belle journée.

Pour tout lire sur Munduk : la vie à la montagne et les randos à ne pas manquer.

Avec le calendrier balinais on reste jeunes !

En arrivant à Bali, j’ai été intrigué par la façon d’organiser le temps et les événements. L’année balinaise compte 420 jours !

Comment fonctionne-t-il ?

Tout le monde connait le calendrier solaire. Utilisé internationnalement, il est basé sur la rotation de la Terre autour du soleil (en à peu près 365,25 jours, d’où l’importance des années bisextiles pour recaler le tout).
Un autre calendrier (utilisé notamment par certain pays en Asie) est le calendrier lunaire, qui comme son nom l’indique est basé sur le cycle de rotation de la Lune autour de la Terre. Un mois compte 29 jours 12 heures et 44 minutes (et douze mois par an).

A Bali, c’est différent ! Ils utilisent un système basé sur la semaine : “Wuku”. Une semaine compte 7 jours. Le cycle “Oton” compte 30 semaines (donc 210 jours), et une année compte 2 Oton.

A quoi ce calendrier sert-il ?

Eh bien à décider des jours de cérémonie pour les anniversaires (otonan), les dates pour les cérémonies religieuses, les meilleurs jours pour débuter un commerce, pour planter, élever des animaux, etc.

The Sacred Monkey Forest Sanctuary

On m’en a tant parlé de cette “Monkey Forest”, ce parc en plein centre d’Ubud où les macaques sont légions. Allons voir de quoi il en retourne !

Déjà dans les rues adjacentes, ça crie, ça se chamaille, ça déambule nonchalamment, ça grimpe aux poteaux électriques. Des panneaux de signalisation routière indiquent : “attention traversée de singes”. Atypique.

Premier témoin de l’inflation touristique : le prix du billet qui augmente tous les ans. C’est avec un grand sourire que le garde en habit militaire contrôle notre billet et nous laisse pénétrer dans le parc. Les grands arbres aux lianes laissent filtrer quelques rayons de soleil bien jaunes. Les statues de pierre représentant des divinités hindoues et des animaux profitent de cette belle lumière, teintées de vert mousseux.

Statue

Il y a du monde, mais encore plus de macaques. Plus de six cents primates à longue queue balinais ici (macaca fascicularis de leur petit nom technique) alors que le parc fait à peine la taille de deux stades de foot. Les cinq tribus se sont répartis le terrain et gare à ceux qui s’en éloignent : ça fait du foin ! Surtout que pour la baignade il n’y a qu’une rivière et l’accès se fait par un des territoires d’une tribu. Bizarrement ça rappelle les conflits entre hommes non ?

Famille macaque

On en voit de toutes les tailles (et donc âges). Les femelles sont adultes à quatre ans, les mâles à six. Alors que les mâles vivent jusqu’à quinze ans et femelles vingt.

Ça va je récite bien l’exposé ? Je continue ? 🙂

D’après le petit dépliant de l’entrée (en français s’il vous plaît), le sanctuaire est bâti selon le concept du Tri Hita Katana. Pour en savoir plus, ce sera [ici !]

Nous déambulons donc parmi les sentiers, les statues, les temples en pierre et briques aux petites pagodes aux toits en chaume locale. Les singes sont omniprésents, surtout ne pas croiser leur regard (ils prennent ça pour de l’affront), ni montrer les dents (même chose).

Il y en a un qui approche de moi, l’air de rien, euh… en deux temps trois mouvements, il est sur mon épaule, à manger sa banane tranquillement. Comment dire, cinq kilos de poils gris sur l’épaule qui mâchent bruyamment en postillonnant dans vos tympans, c’est cool non ?
Émilie me rassure en me disant qu’il ne cherche pas à me chiper quelque chose, ni à m’ennuyer. Il est juste là pour me faire un câlin 🙂 Apparemment, il ferme les yeux et m’enlace le cou de ces bras fins et poilus. Je tends le doigt et sa toute petite main l’enserre, c’est tellement mignon.
Finalement, de peur qu’il découvre que mes lunettes brillantes sont tout de même sacrément chouettes, je tente de le faire descendre (même s’il n’en a pas tellement envie). Je ressors ravi de cette expérience, instant de partage avec un de nos cousins.

Monkey Nico

Pas loin du temple Prajapati, nous découvrons un grand cimetière aux pierres tombales. C’est là que sont enterrés les morts avant crémation (qui a lieu tous les cinq ans). Le dieu vénéré ici est Hyang Widhi, et a une tronche qui fait peur avec ses grandes dents et yeux ronds exorbités. Pas de doute, la mort, ce n’est pas drôle.

Cimetière

Quelques touristes achètent des bananes pour nourrir les primates. Excités ils n’hésitent pas à monter sur les hommes à la recherche de choses à chaparder. Ça ne manque pas, un grimpe sur le sac d’Émilie et y attrape une petite bouteille d’eau. Surtout, ne pas résister (et paniquer). En quelques coups de dents, le macaque perce le plastique et en suce le contenu. Pas de doute, il connaît son affaire.

Dans un bâtiment, une exposition temporaire présente des peintures d’un peintre local. Peintures spectaculaires autant en taille qu’en qualité et couleurs. Les portraits sont poignants, scènes campagnardes réalistes, et bouquets de fleurs éclatants.

Expo de peintures

Nous continuons la balade entre les temples, les promenades le long de la rivière encaissée. Malgré les pétarades des scooters des rues adjacentes la verdure sauvage est ressourçante. C’est mon premier contact avec la flore locale ! Des feuilles aux proportions déconcertantes (ma taille, oui oui), des lianes tombant des cocotiers (tant que ce ne sont pas les noix ça va), des tapis de plantes vertes luisantes après la pluie (oui il a commencé à pleuvoir, comme toutes les après-midis).

Temple dans le parc

Nous quittons ce sanctuaire contents : ça y est on est prêts à vivre l’aventure en Indonésie !

Un temple Taoïste à Taiwan, entre beauté et sérénité

C’est un temple Taoïste. Rétrospectivement, le temps le plus beau que j’ai pu visiter dans ce pays. Rien que l’entrée est spectaculaire ! Une grande arche jaune, des escaliers de part et d’autres d’une cascade de fontaine et des lampions jaunes et rouges… Les escaliers vous mènent jusqu’à l’enceinte de l’édifice, mais avant cela il faudra suivre le chemin de pierre posés dans une petit bassin à grenouille et nénuphars. Le temple en lui même n’a rien de différent de ceux que j’ai vu précédemment, mais la balade dans ce parc feng shui vaut à lui seul la visite dans cette région. mon espace préféré reste la place aux 500 visages. Un espace circulaire où trône fièrement un gigantesque bouddha entourée de 500 statues (ses disciples à travers le temps). J’ rencontre une moine qui m’explique l’histoire du temple, la signification des signes au sol, pourquoi le bouddha regarde dans telle direction…. selon elle, la magie du lieu réside dans les arbres autour : ils n’ont que 20 ans, mais, les hommes qui ont construit cet endroit ont priés tellement forts pour que cet endroit soit le plus majestueux possible que les arbres paraissent centenaires. Il est vrai que la place et belle et l’histoire féérique. Vous me croirez ou non, mais lorsqu’elle m’a raconté cette histoire, un rayon de lumière a jailli des nuages, illuminant le visage du Bouddha qui semblait sourire. Un instant sans logique, une pure coïncidence, un moment de magie… je n’ai pas de terme pour cela mais au moment où elle a changé de sujet, le rayon de lumière à disparu. J’aime à croire qu’un brin de féerie parsemé encore ce monde beau, parfois fou, que nous habitons.