La côte Est de Taïwan à vélo

Envie de piment et d’aventure

C’est en feuilletant le guide de voyage que j’ai assez peu ouvert, et alors qu’on s’apprêtait à dormir, que je dis à mon travel mate :

Tu dors ?
Je devrais ?
Tu veux toujours aller à Hualien ?
Je devrais pas ?
Et si on y allait à vélo ?

S’en suit un petit silence que j’assimile à de la surprise. Puis un rire, puis un fou rire. Et nous voilà, planifiant la journée de demain. Exit le plan auto stop, bonjour le loueur de vélo, le tri du sac, la solution pour faire expédier l’excédant dans la future auberge de Hualien, etc…etc…etc…

 

 

Un DÉBUT difficile

Samedi 29 avril – Jour 1

Le plan initial pour cette journée, c’était de partir de Taitung, monter jusqu’à Chisang en vélo et redescendre en train à Doulan.
Dès le début, la piste est en faux plat et ça tire sur les cuisses. je me demande ce que je fais là sur ce vélo! Les kilomètres s’enchaînent et les paysages défilent. C’est vrai que ça vaut le coup d’œil! Arrivés à Luye je décide de prendre la route recommandé pour les vélos, la 197. Elle monte à pic dans la montagne…c’est dur. A une ou deux reprises je dois descendre du vélo pour faire une pause. Sur le chemin quelques chiens me courent après…ce qui me fait pédaler un peu plus vite malgré les crampes dans les cuisses.

Au bout de 3h d’efforts, la route devient sentier. Seul un plot semble indiquer quelque chose, en chinois. Grâce à google traduction je comprends que je passe de la route financée par l’état à celle financée par le comté (on voit que les ressources ne sont pas les mêmes). J’avance encore… entourée par les montagnes, le spectacle est exceptionnel. Une camionnette s’arrête à mon niveau et un papi aux yeux rouges et du tabac plein les dents m’explique en dialecte, qu’il n’est plus possible de passer depuis l’éboulement, et qu’il n’y a absolument aucunes lumières. Je précise, que je ne comprends pas le dialecte (ni le chinois) mais par le langage universel des yeux, des mains et des gestes, je saisi l’idée.

Téméraire mais pas kamikaze, je fais demi tour. Je choisi de descendre la route 197 jusqu’à Taitung. Cela fera  60km. Pour une première à vélo c’est déjà bien ! La route 197 est très escarpé et ascendante. Mais quand cela va t-il descendre ? Je traverse des villages aborigènes en pleine montagne et je dois dire que malgré la douleur dans les fesses, les cuisses, le souffle et la fatigue générale…c’est beau !

petite pause bt

Et là…enfin! Environ 6 km de descente avec une vue imprenable sur les montagnes en face et les plateaux de rizières, la vallée et sa rivière. Un moment de pur bonheur.
Une fois en ville, après un repas bien mérité, je réserve en dernière minute un bed and breakfast.

Quelques coups de pédales encore. Sur la route, les supporters de la course de marathon qui a lieu en même temps m’encouragent. Les coureurs ont l’air aussi ko que moi et on se lance des regards de compassion. Me voilà à l’auberge. Un lit. Une douche chaude. Dodo. Ah…le paradis !!

 

60 km en montagne et un couchsurfing un peu particulier !

Dimanche 30 avril – Jour 2

Objectif du jour : Chendong à 60 km. Mais vu la journée d’hier, je ne suis pas sûre d’aller au bout. J’emploie la philosophie “doucement mais sûrement”.

Les cuisses doivent se réchauffer. Zonghua, Xiayelou, Jialulan…une pause photo…Junjie, Zhu…une pause méditation à la plage… Jiamzuzi, Doulan…une pause déjeuner bien méritée ! Il est déjà 14h. Le temps de reprendre des forces, je me dis qu’on s’arrêtera peut être à Donghe 15km plus loin car nos jambes sont fatiguées et ils nous reste encore plus de 120 bornes à faire pour rejoindre l’arrivée finale. Je passe Jinzun, Donghe…et puis…avec quelques coups de pédales et beaucoup de volonté, j’arrive enfin à Chengong. Il est 18h. Je suis fière! C’est un coin assez reculé. 

Tellement reculé qu’il n’y a rien pour dormir (dans les budgets backpackers). Je comprends aussi qu’ils ne voient pas souvent passer les touristes. la pluie commence à s’abattre sur nous et je décide d’aller demander asile au commissariat.

Il suffisait de demander ! On peut dormir dehors, sous la pagode, dans l’enceinte du commissariat. On nous donne quelques cartons pour adoucir un peu les cailloux. Je ne suis pas la princesse au petits pois, mais je dois avouer que c’est particulièrement dur ! On dégote des tapis de plages dans un boui boui pour l’équivalent de 4 euros et à 21h je ronfle déjà!

 

1er mai – Jour 3

Je suis réveillée vers 6h, lumière oblige…il a plu cette nuit et j’ai été bien contente d’être sous une tonelle ! Heureusement pour moi, ni vents trop forts ni pluies trop violentes donc le toit a suffit ! Au petit matin, les lumières sont magiques. Le jardin du commissariat domine la ville. A ma droite, la mer avec les rayons de soleil qui percent les nuages et se jettent dans l’océan. A ma gauche, la montagne, d’un vert pétillant et les sonorités forestières, oiseaux, vent sur les feuilles…

Alors que je m’apprête à dire au revoir à la police locale et enfourcher mon vélo, le lieutenant de garde me dit de patienter… je patiente donc…et voilà que mon petit déjeuner arrive sur mobylette ! Un burger et un thé. L’accueil ici est décidément une marque de fabrique Taiwanaise !

 

 

Une fois les forces retrouvées, les photos de convenances avec les policiers prises pour le journal local, je remonte sur mon bolide. Mon fessier pleure d’avance.
Il fait assez chaud et il risque de pleuvoir. Les kilomètres défilent sur mon compteur. Mes cuisses chauffent un peu mais la beauté autour est saisissante.

Je garderai longtemps en mémoire cette vue sur les rizières à perte de vue entre deux montagne ou encore ce pont rouge, d’où, traversant, l’on peut admirer, d’un côté la montagne et sa rivière, de l’autre la mer.

 

Dormir chez l’habitant…dans un camping !

En passant devant un camping avec une vue imprenable… je choisie de m’arrêter pour demander si je peux dormir.
Un vieux monsieur qui tourne en rond dans son hall, me fait comprendre avec sa calculette que le bungalow avec vue sur la mer est à 2000 dollars la nuit (75euros)…hors budget pour la backpackeuse qui vise de faire un tour en nouvelle Zélande… je demande alors s’il est possible de louer une tente.. il n’y en a pas. Si je peux éventuellement faire du camping dans le réfectoire vu qu’il n’y a personne… le papi me regarde avec de gros yeux et me demande si je suis sûre de vouloir dormir par terre. Pas de soucis! Avec mon tapis pour enfant (acheté la veille et qui a fait ses preuves au commissariat) je suis prête pour dormir n’importe où! Il acquiesce.

Je dormirai donc sur l’estrade de la salle de déjeuner spectacle. Les photos aux murs et l’ambiance de la salle, bien que désuétude me rappellent celle des cabarets. Rien d’étonnant car j’apprends que le propriétaire est un célèbre acteur Taiwanais de 80 ans. Quelques minutes plus tard, le papi (que je devrai appeler “uncle” par la suite) demande à sa “auntie” de nous loger dans la dernière chambre disponible du personnel…gratuitement! J’ai donc un lit, une douche, une machine a laver.. dans un camping désert face à la mer…au top!

Auntie, est une femme exceptionnelle, d’une gentillesse extrême. Elle me donne du savon, du shampoing, une brosse à dent, des chaussons. Elle ajoute “feel at home” avec son accent asiatique sur un anglais très compréhensible. Uncle prend son van et m’emmène au 7eleven pour acheter le repas du soir. Il prend sa soupe, je prends la mienne. Sur le chemin du retour, la pluie s’abat sur le pare brise. On mange ensemble, tous les 4, mon travelmate, auntie et uncle, accordés au comptoir du bar et on va dormir.

2 mai – Jour 4

Quand je me réveille, le petit déjeuner est prêt. Auntie insite! Pour pédaler autant, il faut bien manger: un oeuf, du pudding de riz…je suis calé!
Uncle me regarde du coin de l’oeil, il ne parle pas mais je ne crois pas avoir déjà entendu le son de sa voix. La vraie différence aujourd’hui, c’est qu’il me sourit. Vraiment. C’est assez incroyable d’avoir passé moins de 24h ensemble et d’avoir le sentiment de devoir bientôt quitter un foyer avec des gens si généreux et touchants. Quelques photos avant de reprendre la route. Sur le pas de la porte vitrée, ils me regardent partir en agitant la main.

Mon coeur se serre un peu, mais plus je pédale, plus les paysages défilent…et plus mon allégresse reprend, mon sourire revient et le soleil avec. Des chapeaux en bambou dans les rizières signalent la présence de quelques travailleurs méritants (car il fait chaud!)…ça commence a monter dur…et…ahhhhhhhhhhhhhh. Je m’arrête net, les pieds en l’air pour ne pas les poser au sol…près du gros serpent qui traversait tranquillement la route. Je reprends mes esprits et une fois qu’il est parti, je franchi le tropique du cancer. Plus tard dans la journée, au kilomètre 65, un village de pêcheurs, figé dans le temps. De vieux bateaux multicolores dont la coque est en rondin de bambou sont fièrements amarrés. Les hommes repiquent leurs filets. Leurs yeux s’equarquillent en me voyant passer. Ils ne doivent pas voir tous les jours passer la copine de la reine des neiges (“blondes”, yeux bleu, peau clair) sur un vélo dans les parages.

 

Un habitant insolite me laisse dormir dans sa demeure

Le soir arrive, et avec, les lumières de fin de journée. Je suis à Fengbin.  “La” ville. Bon…en gros, une rue, un poste de police, un 7eleven. Je demande au poste de police un endroit où dormir. On me propose le square. Il risque de pleuvoir alors je préfère frapper à la porte…de l’église. 

Le curé, surpris mais hospitalier, me laisse l’accès à sa cuisine et salle de bain. Ce soir, je dors devant l’autel.Sur la moquette. Je n’avais jamais dormi dans une église. C’est une sensation un peu étrange. Cela dit, je n’ai jamais eu une si grande chambre (et une telle acoustique).

 

Les derniers efforts avant la victoire

3 mai – Jour 5

5eme et dernier jour…mais la journée commence difficilement avec plus de 40 degrés. Je dois m’arrêter tous les 5km pour boire et mouiller mon col histoire de rester un peu au frais. Mon coeur bat vite, la chaleur rend l’effort très intense.

Vers midi, une petite sieste en haut sous une pagode, vue sur les sommets…et sur la coe en dentelle qui se dessine entre les nuages. Whaou! J’ai fais tout ce chemin ! Un sentiment de fierté s’empare de moi et me redonne le courage d’affronter les prochains kilomètres. Comment est-ce possible? Cela n’en finit pas de monter, monter, monter… un petit arrêt dans une école, équipée pour rececoir les bikeurs! Une fontaine à eau, une salle de repos, de quoi poser une tente. Décidément l’accueil taiwanais à encore frappé. Le jardinier vient même m’offrir un café, élixir de courage pour les 20 derniers kilomètres.

un commite d’accueil hors du commun

A 10 km de l’arrivée, un temple magnifique se dresse sur ma gauche. Un bouddha couleur or, de jolies fontaines…pourquoi ne pas y faire une halte et reposer mes cuisses ? Au moment où je mets mon pied sur la première marche, les hauts parleurs se mettent à fonctionner, laissant filer un mantra chanté par une femme. On dirait que j’arrive au bon moment pour voir une cérémonie. J’apprendrai par le maître (une femme moine bouddhiste) qu’aujourd’hui c’est l’anniversaire de Boudda.

Elle m’invite à partager le repas avec eux. Incroyable. C’est drôle car ce temple se trouve sur la carte au point : promise land…coïncidence. Je parle principalement avec les yeux car la master ne parle pas anglais. Une fidèle s’assoit avec nous pour nous traduire. Je passe un moment extraordinaire. Elle me fait l’honneur de verser de l’eau sur l’épaule d’une petite statuette de bouddha. Ce rituel permet apparemment de réaliser nos rêves (y’a pas de mal à essayer). Elles me disent au revoir en haut des marches. Je promets de revenir et je descends l’allée qu’elles allument pour moi : lampions, couleurs dans la fontaine…croassement des grenouilles. Tout y est pour faire de cet instant, une petite bulle de magie.

Je ne vois plus la dernière heure passer ni ne sent plus aucunes douleurs. Je sais juste que mon objectif : rallier Taitung à Hualien en vélo, est atteint!
Lorsque je m’ecroule dans mon lit, je m’endors facilement, fière d’avoir accompli ce périple riche en découvertes, en paysages sensationnels et surtout, en rencontres humaines mémorables.

Bike Tour

Image 1 parmi 33

Creative Commons CC BY-SA 4.0, Auteure Emilie BUAILLON

Partages 0

Une réflexion sur “La côte Est de Taïwan à vélo

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *