Le French Pass

En début d’après-midi ce 21 octobre, une longue route de graviers de 22 km un peu cahoteuse nous conduit jusqu’à French Pass.

Belle vue avant le pass

Les nuages nous suivent mais nous savons que le spectacle sera à la hauteur. Après quelques minutes de routes, les lacets commencent à s’enfoncer dans une forêt de fougères, pour ensuite déboucher sur les sounds : de l’eau bleue profond et grise à perte de vue, des îlots de terre et de vert, et un vent qui souffle assez fort. Nous empruntons les routes étroites qui coupent les hautes collines à flanc.

Notre van sur les petites routes

Des barrières délimitent les champs pentus des fermiers et bergers alentours. Leurs moutons paissent tranquillement sans se soucier de grand chose jusqu’à l’arrivée impromptue de notre van qui les dérange dans leur quiétude habituelle. Intrigués, surpris comme à la première rencontre avec un humain, ils nous observent, le regard un peu vide, un peu inquiet, un peu curieux. Il est difficile de décrire ces bras de mers qui s’infiltrent entre les bouts de terre jusqu’à l’horizon ou telles les tentacules d’une terre immergée dans l’océan. Difficile aussi de décrire ces couleurs, même avec un soleil caché par des nuages bas, gris et épais.

Jack le Dauphin, mascotte de la région

A French pass, nous faisons la connaissance de Jack le dauphin, une reproduction d’un dauphin blanc à museau plat, ami des pêcheurs pendant de nombreuses années jusqu’à ce qu’il disparaisse laissant la communauté locale dans la peine d’avoir perdu un être cher. Ce mammifère a en effet guidé un navire à vapeur dans le détroit pendant une vingtaine d’années.

Un pass, deux marées

Le pass en lui-même

Une petite marche d’approche dans une pente bien raide nous mène à un point d’observation. En face l’île d’Urville, grande terre quasi inhabitée, que l’on rejoint à l’aide d’une barge qui transporte les voitures. Si vous empruntez la mer par bateau, gare à vous, les courants ici ont quelque chose de particulier !

Les courants

Des tourbillons puissants naissent et grandissent entre les petits phares verts et rouges qui indiquent le chemin ; créant dans leur sillon des arabesques semblables à un tableau d’artiste. Pourquoi ces formations ? D’un côté et de l’autre de la baie, une heure quarante de marée diffère, créant, surtout lors des changements de marées, des contre courants impressionnants. Un différentiel de 50 cm sépare les deux marées, et avec ce vent, le petit bateau qui vient tenter sa chance surfe littéralement sur les courants.

Oiseaux joueurs

Il n’est pas le seul à jouer avec la curiosité du lieu. Oiseaux de tous genres s’en donnent aussi à cœur joie ! Les mouettes, se laissent balader sur les tourbillons du courant comme les enfants au parc Astérix dans le manège des tonneaux dans l’eau. Une fois le courant terminé, elles prennent leur envol pour retourner au point de départ, et recommencer un tour… sans se lasser. Quel spectacle amusant !

Y’a de l’agitation dans l’eau !

Plus sérieux, un oiseau à long cou plonge sans relâche à la juste surface, essayant sans doutes de récupérer un poisson pour nourrir sa famille. Il plonge, plonge et replonge jusqu’à finalement sortir vainqueur avec un poisson d’une bonne taille. Malheureusement pour lui, un goéland jaloux lui volera sa proie, il n’a plus qu’à recommencer. Des mouettes alouettes, têtes noires et beau plumage font de même, tête sous l’eau et poursuivent des petits bancs de poissons, tandis que les mouettes blanches, lascives et insouciantes, continuent de tourner en rond jusqu’à ce que les autres aient fait le travail pour elles. Lorsque les mouettes alouettes prennent leur envol, nous sommes émerveillés par leur agilité, les battement de leurs ailes, délicat, précis, les fait changer de direction à une allure folle. Il est temps pour nous de rebrousser chemin, grimpant la colline jusqu’au van. Le ciel s’est entièrement drapé d’une manteau épais gris, cachant les sommets des sounds à notre vue.

Ambiance de brume et Baskerville

Au fur et à mesure que nous avançons, le nuage au dessus de nous deviens brume englobante. Et sans crier gare, nous ne voyons plus à moins de dix mètres… alors, sur les côtés de la route, apparaissent les ombres des moutons qui courent sans trop savoir où, en réaction au bruit de notre moteur. Au loin, nous les devinons juste, dans une ombre sombre, puis en se rapprochant, ils prennent réalité, entourés d’un halo trouble. Cette ambiance semblable à la brume du chien de Baskerville nous fait vivre une expérience de Nouvelle-Zélande que nous n’avions pas encore vécue. Avancer dans un nuage, sur une route étroite à flan de collines, occupés par la présence fantomatique de nos amis aux manteaux de laine. Le vent souffle fort encore et les quelques bruns de végétation qui poussent dans les champs pentus se plient à son gré vigoureux. Au croisement de deux routes de graviers, nous choisissons le deuxième embranchement, celui qui nous conduira à notre petit coin de paradis secret.

Notre paradis secret (impossible de trouver son nom sur les cartes!)

Wahouuu

Différente mais tout aussi sauvage, nous devinons traverser une forêt. A mesure que nous descendons la montagne, la brume se dissipe et nous revoilà sous les nuages. Encore quelques kilomètres pour trouver notre endroit pour la nuit, un petit port pour les embarcations locales. Le calme est absolu. Le soleil se couche doucement.

Notre bébé potager intérieur

Nicolas sort sa canne à pêche et s’avance sur le ponton tandis qu’Émilie plante dans un pot de houmous quelques aromates pour avoir un bout de jardin dans notre petite maison roulante. La crique est plutôt jolie et quelques couleurs rosés parsèment le ciel avant la tombée de la nuit.

Couleurs du soir

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