Lettre de Noël d’une voyageuse

A ma famille, à mes amis,
A toi,

Nous sommes le 23 décembre. Demain, c’est Noël. Je suis en avance sur le temps de 12 heures par rapport à toi.
Aujourd’hui, j’ai planté des Kumaras. Des patates douces de Nouvelle-Zélande. Il faisait chaud et le travail agricole fait un peu mal au dos (à la relecture, le 25, il fait aussi mal aux cuisses, aux doigts, aux bras, à la nuque…bref!). J’ai aussi passé 6h à enlever des mauvaises herbes dans les allées de plantation (et 8 le 24!), pieds nus, en écoutant de la musique.
Et demain, c’est Noël.

Je pense à toi. Chez toi, il doit faire froid. Les sapins sont illuminés. Les cadeaux attendent peut-être déjà leurs heureux élus. Tu fais peut-être quelques courses de dernières minutes et dans la rue on entend Jingle Bells.

Nous sommes très loin l’un de l’autre. Mais aujourd’hui, particulièrement, je pense à toi.

Je réalise que déjà 9 mois se sont écoulés depuis que j’ai quitté la France. Une immersion en Asie, un petit tour en Australie et surtout, sillonner le pays des kiwis, hiver comme été, tel a été mon programme.

C’est Noël, et parce qu’à Noël on se dit ces choses là, je voulais te dire combien tu me manques, et combien je t’aime. Toi, ma maman, toi mon papa, toi mon frère, mon cousin, ma tante, mon ami(e)… Je voulais te dire aussi que je suis désolée, de partir si longtemps. Parfois, il m’arrive de me sentir coupable, comme une petite ingrate qui abandonne les siens pour vivre au grand air… Pas toujours facile à gérer cette culpabilité là… mais j’ai appris à la dompter un peu pour l’entendre, mais ne pas trop la laisser me paralyser.
Bientôt, cela fera un an que je suis sur les routes et donc, forcément, j’aurai manqué ton anniversaire, ta fête… si tu as eu de gros chagrins, je n’ai pas pu te prendre dans mes bras; et si tu as eu des joies, je n’ai pas eu l’occasion de le célébrer à tes côtés. C’est un des aspects qui rend parfois le voyage un peu difficile, mais ensuite, je sais, je sens, que notre connexion est telle qu’à nos retrouvailles, nous nous aimerons tout autant que lorsque je suis partie. Et, je te remercie pour ça.

La confiance que j’ai dans notre relation me rend plus forte, et m’aide à m’adapter jour après jour aux défis quotidiens que représente l’itinérance loin nos habitudes, avec ses grandes joies, ses découvertes et aussi, parfois, avec ses petits blues. Cette confiance, elle m’a aussi donné la force d’aller au bout d’un rêve d’aventure dont le parcours n’a pas toujours été une ligne droite. Si je suis ici, c’est alors aussi, grâce à toi.

Je me pose parfois des questions. J’ai fais de belles études, je suis bien entourée…pourquoi ce besoin de partir découvrir le monde ? Pourquoi vivre de presque rien, dans un tout petit espace, faire du bénévolat ou des petits boulots quand je pourrais être cadre et boire de mojitos le vendredi soir sur le canal St Martin ?
Et puis… je regarde tout ce que j’ai déjà fait ! 5 jours de vélo entre rizières et océans à me faire héberger à l’église ou au commissariat, apprendre le mandarin pour commander un plat, faire du stop sur une charette à boeufs, donner un cours à une classe d’enfants Taiwanais, vivre quelques jours au rythme d’un temple bouddhiste avec ses habitantes souriantes, me faire héberger par des gens merveilleux qui ont la main sur le coeur, revoir des amis de longues dates, renouer avec d’autres, confirmer la force intérieure en voyageant seule, affirmer ma facilité à rentrer en contact avec l’humain -même sans parler la même langue,randonner en hiver sur des sommets enneigés, essayer le ski de fond, le ski de randonnée, le body surf… se réveiller face à la mer, sentir l’odeur punais des régions volcaniques, finir la plupart des mes randonnées à la lampe torche, visiter le village des Hobbits comme une enfant émerveillée, avoir la peur de ma vie sur une dune de sable géante en body surf, découvrir la culture Maori et l’histoire des voyageurs polynésiens, se sentir au bout du monde si souvent, danser sur toutes les plages -hiver comme été- avec son amoureux, (et aussi vivre avec H24 pendant 6 mois!), rencontrer des pingouins à crêtes, des pingouins aux yeux jaunes, des poules bleues effrayantes, des bébés moutons trop mignons, profiter d’une journée de pluie pour lire à l’abris dans le van, aboutir à un blog de voyage (enfin!), rencontrer des gens un peu fou…mais surtout convaincus que la planète mérite mieux et qu’il est de notre responsabilité de la protéger… Ces 9 derniers mois, c’est une source d’inspiration intarissable dans laquelle puiser à mon retour pour trouver la force et l’énergie de réaliser des projets qui contribue à faire de ce monde un monde meilleur? C’est la chance d’avoir des étoiles pleins les yeux et l’envie de défendre des convictions, des valeurs et des utopies grâce au festival de couleurs, de paysages, de sourires et de mains tendus que j’ai pu croiser.

Cela peut sembler bizarre d’aller travailler pendant les vacances de Noël dans un champ de pomme de terre, loin de sa famille et ses amis. Mais ne t’inquiète pas trop pour moi. Déjà, je suis bien accompagnée, il y a un autre fou qui enlève des mauvaises herbes deux rangées plus loin et on s’amuse bien, la plupart du temps 😉 Aussi, ce n’est pas si terrible, et les petites économies faites pendant ce quelques jours nous permettront de nous rapprocher de toi !

Je te souhaite, à toi, un très joyeux Noël à 18 000 kilomètres de distance.
Je sais que tu sais, que malgré la distance, je pense à toi.

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Une réflexion sur “Lettre de Noël d’une voyageuse

  1. Guillaume LAURENT dit :

    Parce que c’est pas évident à écrire du coup petit commentaire .
    Ta soif d’aventure te permet de voir de tes yeux la beauté du monde et la découverte d’autres cultures.
    Je te souhaites énormément d’autres voyages et continue de faire rêver ceux qui lisent ton blog.

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