La vie de volontaire dans un écovillage Taiwanais

L’aventure d’un voyage vers l’inconnu

Vendredi 7 avril – le 1er jour

A la gare de Taichung, il n’est pas simple de trouver le bon bus ! En effet, il y a pleins de compagnies. Fort heureusement, une charmante étudiante en art viendra à mon secours et expliquera au chauffeur où je me rends. Il ouvre de grands yeux (je suis la seule passagère du bus et visiblement je vais dans un endroit surprenant pour une étrangère).

A l’arrivée, après 1h30  sur des routes chaotiques dans un bus qui grince, je guette la mobylette de Minalu, avec qui je n’ai parlé qu’au téléphone une fois.  En l’attendant, les passants, principalement de vieux paysans avec des chapeaux de bamboo dans des charrettes, me lancent de larges sourires édentés en haussant les sourcils. J’y lis un peu d’amusement, de la surprise et de la curiosité.  Une dame voûtée s’assoit près de moi sur le banc. Elle me parle avec les yeux, y joint les mains et quelques gestes. Nous voilà dans une conversation muette lorsqu’un kway fluo flottant dans le vent s’arrête devant moi.
Minalu n’enlève pas son casque. Il me sert la main rapidement. Cale mon sac de voyage entre ses jambes. J’enfourche la mobylette qui démarre au quart de tour en pétaradant.

eco village jardin vue montagne

Une sensation de totale liberté me prend lorsque nous quittons la ville et ses petites voitures et que l’engin gravit la montagne. Elle semble en souffrance mais continue sa route, pour dévoiler à travers la jungle, les montagnes du versant d’en face. Un spectacle splendide.

Home Sweet Home

“Home sweet home” dit Minalu en descendant de son deux roues et enlevant son casque. C’est une maison rectangulaire, avec un petit escalier en pierre, des canards et poules qui courent partout, un hamac, des arbres tropicaux et visiblement…la cuisine en extérieur.

maison eco villgae

Nous rentrons dans la maison, simple mais assez spacieuse. Une jolie salle de bain avec une baie vitrée qui donne sur la jungle, des wc écolos (par contre bonjour l’odeur…), une mezzanine qui fait office de chambre pour la famille de Minalu, et une pièce à vivre pour tout le monde. Je suis accueillie par Michèle, une femme d’une quarantaine d’années de Hong Kong, qui est volontaire ici pour une semaine et Michel, un cuistot français là pour un mois. L’activité de la journée, c’est de fabriquer des moustiquaires pour toutes les fenêtres de la maison…et une fois le soir venu, je comprendrai mieux pourquoi c’était une priorité absolue !

Assis tous en cercle autour du repas, je parle plusieurs heures avec Michèle de son chemin de vie et de son travail de thérapeute.
De fil en aiguille, je finis dehors à essayer tous ses bols tibétains pour remettre les énergies en place (à priori, d’après Michèle, mes énergies sont déjà bien là où elles sont, ce qui veut dire que je suis en phase avec moi… bon à savoir!).

J’ai dû retenir un petit rire gênée quand même, lorsqu’elle m’a posé un gros bol en métal sur la tête et qu’elle a tapé dessus avec une baguette. J’ai pensé à l’improbabilité de cette situation, moi, en haut de cette montagne sous la jungle, avec un bol tibétains sur la tête, quand le matin même je prenais un petit déjeuner en famille dans une grande ville.
J’adore ce décalage en voyage ! Il nous fait nous sentir complètement vivant. Après quelques gongs…je dois dire que je trouve la sensation des vibrations plutôt plaisante. Je ne sais pas si cela soignera mon âme ou calmera quelques énergies en moi, mais il y a une forme de calme et de sérénité dans cet instant qui est appréciable.

Je comprends que pour dormir, il suffit de prendre une couverture, une moustiquaire, et de se trouver un petit coin…c’est donc ce que je fais !

 

Des journées ritualisées

Samedi 8 avril – 2ème jour

A 6h30 du matin, tout le monde se lève tranquillement et, avant même le petit déjeuner, c’est la méditation. Pourquoi pas ? Je suis là pour essayer après tout ! Tous en cercle, nous avons chanté un mantra qui parle d’amour (ça ne peut pas faire de mal!) C’était plutôt sympa en fait, et vous met de bonne humeur pour la journée.

Après un petit déjeuner au riz, nous partons en ville en camion. Un camion qui a une petite cabine à l’avant et rien à l’arrière…je m’installe derrière avec Minalu, Michèle et Michel. Le trajet est épique ! Une fois sortis de la ville principale et qu’on prend la direction de l’autoroute, Minalu baisse les toiles pour ne pas être vus par la police (c’est toléré mais pas complètement autorisé non plus..). Le petit problème c’est que dehors il fait 35… je vous laisse imaginer le sauna dedans! Je perds beaucoup d’eau et je m’assoie.

Arrivé à Taichung, nous rentrons dans un…carrefour ! C’est l’anniversaire de Michèle et le cuisto et moi sommes assignés à la tâche suivante : lui faire un petit repas d’anniversaire avec un plat français. On a opté pour le gratin dauphinois et la tarte aux pommes.

De retour à la ferme, la préparation du repas prend des airs d’atelier cuisine. Tout le monde participe. Le fils de Minalu est très impliqué.  Acha coupe avec assiduité les pommes de terre et j’apprécie ce moment de partage simple et convivial.

Une nappe rouge, des bougies, la pénombre de la nuit, la pleine lune et son halo de lumière, le croassement des grenouilles dans le réservoir… l’ambiance est absolue pour tirer les cartes du jeu de tarot de Michèle.

 Dimanche 9 avril – 3ème jour

Ce matin, Michèle rejoint l’aéroport pour rentrer chez elle. Je ne l’aurai connue que 2 jours mais j’ai apprécié sa personnalité ouverte, curieuse et accueillante.

La méditation du matin me laissera perplexe…et malheureusement…je devrai m’y plier tous les jours suivant. Dans la matinée, je manierai la perceuse pour terminer les moustiquaires (à quoi bon en même temps, je ne pense pas qu’il reste de la place sur mes jambes pour la moindre piqûres, les moustiques de ces deux derniers jours ont déjà tout occupés).  Je mettrai du temps, mais les moustiquaires seront bien là, et avec elles, la sensation d’un travail achevé.


Dans l’après midi, je réorganise la cuisine (qui n’était pas bien fonctionnelle) avec Michel et nous essayons d’en faire l’espace de travail le plus propre et pratique possible.
En fin de journée, nous partons tous pour un tour dans les montagnes. De belles vues et une balade agréable malgré la chaleur, qui nous amènera jusqu’au plus beau temple que j’ai eu l’occasion de visiter à Taiwan.

 

Lundi 10 avril – 4ème jour

Une journée tranquille à la ferme où j’ai principalement terminé l’organisation et la cuisine, fait ma part de tâches quotidienne notamment le repas du soir que nous avons tous partagés assis en tailleur. Cette ambiance communautaire où chacun fait un peu pour tous me plaît particulièrement et me rappelle la joie que j’ai en colonie de vacances avec mes équipes et les enfants dont j’ai la garde le temps d’un été.

 Mardi 11 avril – 5ème jour

Ce matin, Minalu part pour 3 jours. Il va chercher des plantes dans le Nord. Nous voilà maîtres des lieux ! Quelle responsabilité ! On respecte le rituel du matin, même si je ne l’apprécie pas et je tourne en rond avec mon bol en attendant patiemment que le quart d’heure se termine.

 

Planter une petite forêt

plantation 3

La communauté s’est agrandie, nous avons accueilli un couple qui vit à Londres. Georges est irlando-anglais, grand et fluet, fin bricoleur, monteur de vidéo et compositeur sur son pc. Sa copine est  française et est pâtissière. Ensemble, nous nous organisons pour planter les arbres qui offriront d’ici quelques mois, des fruits et une ombre salutaire au terrain. Travailler sous la chaleur n’est pas de tout repos mais le faire tous ensemble est une expérience qui m’aura bien plu. 

 Mercredi 12 et Jeudi 13 avril – 6ème et 7ème jour

Je profite de ces jours de repos pour faire une petit road trip à Sun Moon Lake.

 Vendredi 14 avril – 8ème jour

Encore une journée tranquille chez Minalu. Je plante des légumes et je cuisine. Le temps s’écoule doucement… je commence à envisager mon itinéraire pour les prochaines semaines car mon escapade à sun moon lake a confirmé mon envie de barouder un peu.

 

Du travail a l’ennui…

Samedi 15 avril – 9ème jour

Bon…vivement le départ!… Dévorée par des puces de lit et des moustiques…fatiguée de manger le pudding de riz gluant aux algues le matin, épuisée par la chaleur insupportable … je vis l’isolement absolu de cette endroit pourtant splendide dans l’attente impatiente d’explorer le monde !

De l’ennui vient la créativité !

Je me trouve une nouvelle occupation cependant, et réalise un mandala d’organisation des tâches collectives. L’objectif étant de créer un outil qui prend en compte les tâches de la vie quotidienne de manière équitable et les tâches qui nécessitent un savoir faire. 

Le soir, je regarde ce ciel étoilé pendant peut être une heure, accompagnée par les grenouilles qui coassent dans le réservoir à eau.

 Dimanche 16 avril – 10ème jour

Je termine mon mandala.
Une guitare, une feu qui crépite, les étoiles pour horizon…

feu

Un nouveau départ

lundi 17 avril – 11ème jour

Je remet mon sac sur le dos; dis au revoir aux habitants de l’éco-village et commence la descente à travers la jungle, en direction du village. Une nouvelle aventure commence.

atelier cuisine

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Creative Commons CC BY-SA 4.0 - Auteure Emilie BUAILLON

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